Reconnais-toi Calligramme, (Poèmes à Lou).
J'ai hiverné dans mon passé
Revienne le soleil de Pâques
Pour chauffer un coeur plus glacé
Que les quarante de Sébaste
Moins que ma vie martyrisés
Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir
Adieu faux amour confondu
Avec la femme qui s'éloigne
Avec celle que j'ai perdue
L'année dernière en Allemagne
Et que je ne reverrai plus
Voie lactée ô soeur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses
...
Ses regards laissaient une traîne
D'étoiles dans les soirs tremblants
Dans ses yeux nageaient les sirènes
Et nos baisers mordus sanglants
Faisaient pleurer nos fées marraines
Mais en vérité je l'attends
Avec mon coeur avec mon âme
Et sur le pont des Reviens-t'en
Si jamais reviens cette femme
Je lui dirai Je suis content
Mon coeur et ma tête se vident
Tout le ciel s'écoule par eux
O mes tonneaux des Danaïdes
Comment faire pour être heureux
Comme un petit enfant candide
Je ne veux jamais l'oublier
Ma colombe ma blanche rade
O marguerite exfoliée
Mon île au loin ma Désirade
Ma rose mon giroflier
...
Mort d'immortels argyraspides
La neige aux boucliers d'argent
Fuit les dendrophores livides
Du printemps cher aux pauvres gens
Qui resourient les yeux humides
Et moi j'ai le coeur aussi gros
Qu'un cul de dame damascène
O mon amour je t'aimais trop
Et maintenant j'ai trop de peine
Les sept épées hors du fourreau
...
Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
A sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons
Destins destins impénétrables
Rois secoués par la folie
Et ces grelottantes étoiles
De fausses femmes dans vos lits
Aux déserts que l'histoire accable
...
Près d'un château sans châtelaine
La barque aux barcarols chantants
Sur un lac blanc et sous l'haleine
Des vents qui tremblent au printemps
Voguait cygne mourant sirène
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
(1880 - 1918)
Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers
J'ai vu ce matin une rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténodactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes
Voilà la jeune rue et tu n'es encore qu'un petit enfant
Ta mère ne t'habille que de bleu et de blanc
Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
Vous n'aimez rien tant que les pompes de l'Église
Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette
Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège
Tandis qu'éternelle et adorable profondeur améthyste
Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ
C'est le beau lys que tous nous cultivons
C'est la torche aux cheveux roux que n'éteint pas le vent
C'est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère
C'est l'arbre toujours touffu de toutes les prières
C'est la double potence de l'honneur et de l'éternité
C'est l'étoile à six branches
C'est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche
C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur
Pupille Christ de l'œil
Vingtième pupille des siècles il sait y faire
Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l'air
Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder
Ils disent qu'il imite Simon Mage en Judée
Ils crient s'il sait voler qu'on l'appelle voleur
Les anges voltigent autour du joli voltigeur
Icare Énoch Élie Apollonius de Thyane
Flottent autour du premier aéroplane
Ils s'écartent parfois pour laisser passer ceux qui portent la Sainte-Eucharistie
Ces prêtres qui montent éternellement en élevant l'hostie
L'avion se pose enfin sans refermer les ailes
Le ciel s'emplit alors de millions d'hirondelles
À tire d'aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux
D'Afrique arrivent les ibis les flamands les marabouts
L'oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes
Plane tenant dans les serres le crâne d'Adam la première tête
L'aigle fond de l'horizon en poussant un grand cri
Et d'Amérique vient le petit colibri
De Chine sont venus les pihis longs et souples
Qui n'ont qu'une seule aile et volent par couples
Puis voici la colombe esprit immaculé
Qu'escortent l'oiseau-lyre et le paon ocellé
Le phénix ce bûcher qui soi-même s'engendre
Un instant voile tout de son ardente cendre
Les sirènes laissant les périlleux détroits
Arrivent en chantant bellement toutes trois
Et tous aigle phénix et pihis de la Chine
Fraternisent avec la volante machine
Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent
L'angoisse de l'amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé
Si tu vivais dans l'ancien temps tu entrerais dans un monastère
Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière
Tu te moques de toi et comme le feu de l'Enfer ton rire pétille
Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie
C'est un tableau pendu dans un sombre musée
Et quelquefois tu vas le regarder de près
Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la beauté
Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé à Chartres
Le sang de votre Sacré-Coeur m'a inondé à Montmartre
Je suis malade d'ouïr les paroles bienheureuses
L'amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l'image qui te possède te fait survivre dans l'insomnie et dans l'angoisse
C'est toujours près de toi cette image qui passe
Maintenant tu es au bord de la Méditerranée
Sous les citronniers qui sont en fleur toute l'année
Avec tes amis tu te promènes en barque
L'un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiasques
Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs
Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur
Tu es dans le jardin d'une auberge aux environs de Prague
Tu te sens tout heureux une rose est sur la table
Et tu observes au lieu d'écrire ton conte en prose
La cétoine qui dort dans le coeur de la rose
Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit
Tu étais triste à mourir le jour où tu t'y vis
Tu ressembles au Lazare affolé par le jour
Les aiguilles de l'horloge du quartier juif vont à rebours
Et tu recules aussi dans ta vie lentement
En montant au Hradchin et le soir en écoutant
Dans les tavernes chanter des chansons tchèques
Te voici à Marseille au milieu des pastèques
Te voici à Coblence à l'hôtel du Géant
Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon
Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et qui est laide
Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde
On y loue des chambres en latin Cubicula locanda
Je me souviens j'y ai passé trois jours et autant à Gouda
Tu es à Paris chez le juge d'instruction
Comme un criminel on te met en état d'arrestation
Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages
Avant de t'apercevoir du mensonge et de l'âge
Tu as souffert de l'amour à vingt et à trente ans
J'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps
Tu n'oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais sangloter
Sur toi sur celle que j'aime sur tout ce qui t'a épouvanté
Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres émigrants
Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent les enfants
Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare
Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages
Ils espèrent gagner de l'argent dans l'Argentine
Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune
Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez votre coeur
Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels
Quelques-uns de ces émigrants restent ici et se logent
Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges
Je les ai vu souvent le soir ils prennent l'air dans la rue
Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs
Il y a surtout des juifs leurs femmes portent perruque
Elles restent assises exsangues au fond des boutiques
Tu es debout devant le zinc d'un bar crapuleux
Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux
Tu es la nuit dans un grand restaurant
Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant
Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant
Elle est la fille d'un sergent de ville de Jersey
Ses mains que je n'avais pas vues sont dures et gercées
J'ai une pitié immense pour les coutures de son ventre
J'humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible ma bouche
Tu es seul le matin va venir
Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues
La nuit s'éloigne ainsi qu'une belle Métive
C'est Ferdine la fausse ou Léa l'attentive
Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie
Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
Dormir parmi tes fétiches d'Océanie et de Guinée
Ils sont des Christ d'une autre forme et d'une autre croyance
Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances
Adieu Adieu
Soleil cou coupé
(1913)
On se croit libre alors qu'on imite On fait l'homme
on veut dans cette énorme et plate singerie
lire on ne sait trop quelle aventure à la gomme
quand bêtement tous les chemins mènent à Rome
quand chacun de nos pas est par avance écrit
Regardez ces jeunes gens avec ce qu'ils traînent
la superstition qui s'attache à leurs pas
comme une branche morte et comme à la carène
d'un bateau démâté le chant de la sirène
contre quoi rien ne sert boussole ni compas
Regardez ces jeunes gens Qu'est-ce qui les pousse
comme ça vers les bancs de sable les bas-fonds
ils n'avaient après tout de neuf que la frimousse
eux qui faisaient tantôt les farauds ils vont tous
où les songes d'enfance à la fin se défont
Bon Dieu regardez-vous petits dans les miroirs
Vous avez le cheveu désordre et l'oeil perdu
Vous êtes prêts à tout obéir tuer croire
Des comme vous le siècle en a plein ses tiroirs
On vous solde à la pelle et c'est fort bien vendu
Vous êtes de la chair à tout faire Une sorte
De matériel courant de brique bon marché
Avec vous pas besoin d'y aller de main morte
Vous êtes ce manger que les corbeaux emportent
Et vos rêves les loups n'en font qu'une bouchée
Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,
Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;
Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
(1821-1867) Les Fleurs du Mal (1ère édition 1857)
(Ce poème figure parmi les additions de la 3ème édition, posthume, 1868)
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!
Les Fleurs du Mal
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
Les Fleurs du Mal IV
Proverbes, chapitre 5
Pr 5:1- Mon fils, sois attentif à ma sagesse, prête l'oreille à mon intelligence,
Pr 5:2- pour suivre la prudence et que tes lèvres gardent le savoir. Ne prête pas attention à la femme perverse,
Pr 5:3- car les lèvres de l'étrangère distillent le miel et plus onctueux que l'huile est son palais;
Pr 5:4- mais à la fin elle est amère comme l'absinthe, aiguisée comme une épée à deux tranchants.
Pr 5:5- Ses pieds descendent à la mort, ses démarches gagnent le shéol;
Pr 5:6- loin de prendre les sentiers de la vie, sa marche est incertaine et elle ne le sait pas.
Pr 5:7- Et maintenant, fils, écoutez-moi, ne vous écartez pas des paroles de ma bouche :
Pr 5:8- loin d'elle, passe ton chemin, n'approche pas de l'entrée de sa maison,
Pr 5:9- de peur qu'elle ne livre ton honneur à autrui, tes années à un homme impitoyable,
Pr 5:10- que ton bien n'engraisse des étrangers, que le fruit de ton labeur n'aille à des inconnus,
Pr 5:11- et que sur ta fin, ton corps et ta chair consumés, tu ne rugisses
Pr 5:12- et ne t'écries : " Hélas, j'ai haï la discipline, mon cœur a dédaigné la remontrance;
Pr 5:13- je n'ai pas écouté la voix de mes maîtres, je n'ai pas prêté l'oreille à ceux qui m'instruisaient!
Pr 5:14- Peu s'en faut que je sois au comble du malheur, au milieu de l'assemblée et de la communauté! "
Pr 5:15- Bois l'eau de ta propre citerne, l'eau jaillissante de ton puits!
Pr 5:16- Tes fontaines s'écouleraient au dehors, tes ruisseaux sur les places publiques :
Pr 5:17- Qu'ils restent pour toi seul, et non pour des étrangers avec toi!
Pr 5:18- Bénie soit ta source! Trouve la joie dans la femme de ta jeunesse :
Pr 5:19- biche aimable, gracieuse gazelle! En tout temps que ses seins t'enivrent, sois toujours épris de son amour!
Pr 5:20- Pourquoi, mon fils, te laisser égarer par une étrangère et embrasser le sein d'une inconnue ?
Pr 5:21- Car les yeux de Yahvé observent les chemins de l'homme et surveillent tous ses sentiers.
Pr 5:22- Le méchant est pris à ses propres méfaits, dans les liens de son péché il est capturé.
Pr 5:23- Il mourra faute de discipline, par l'excès de sa folie il s'égarera
Pr 6:1- Mon fils, si tu t'es porté garant envers ton prochain, si tu as topé dans la main en faveur d'un étranger,
Pr 6:2- si tu t'es lié par les paroles de ta bouche, si tu es pris aux paroles de ta bouche,
Pr 6:3- fais donc ceci, mon fils, pour te tirer d'affaire, puisque tu es tombé aux mains de ton prochain : Va, prosterne-toi, importune ton prochain,
Pr 6:4- n'accorde ni sommeil à tes yeux ni repos à tes paupières,
Pr 6:5- dégage-toi, comme du filet la gazelle, ou comme l'oiseau de la main de l'oiseleur.
Pr 6:6- Va voir la fourmi, paresseux! observe ses mœurs et deviens sage :
Pr 6:7- elle qui n'a ni magistrat, ni surveillant ni chef,
Pr 6:8- durant l'été elle assure sa provende, et amasse, au temps de la moisson, sa nourriture.
Pr 6:9- Jusques à quand, paresseux, resteras-tu couché ? Quand te lèveras-tu de ton sommeil ?
Pr 6:10- Un peu dormir, un peu s'assoupir, un peu croiser les bras en s'allongeant,
Pr 6:11- et, tel un rôdeur, viendra l'indigence, et la disette comme un mendiant.
Pr 6:12- Un vaurien, un homme inique, il va, la bouche torse,
Pr 6:13- clignant de l'œil, traînant les pieds, faisant signe des doigts.
Pr 6:14- La fourberie au cœur, méditant le mal en toute saison, il suscite des querelles.
Pr 6:15- Aussi, soudain viendra sa ruine, à l'instant il sera brisé, sans remède.
Pr 6:16- Il y a six choses que hait Yahvé, sept qui lui sont en abomination :
Pr 6:17- des yeux hautains, une langue menteuse, des mains qui répandent le sang innocent,
Pr 6:18- un cœur qui médite des projets coupables, des pieds empressés à courir au mal,
Pr 6:19- un faux témoin qui profère des mensonges, le semeur de querelles entre frères.
Pr 6:20- Garde, mon fils, le précepte de ton père, ne rejette pas l'enseignement de ta mère.
Pr 6:21- Fixe-les constamment dans ton cœur, noue-les à ton cou.
Pr 6:22- Dans tes démarches ils te guideront, dans ton repos ils te garderont, à ton réveil ils s'entretiendront avec toi.
Pr 6:23- Car le précepte est une lampe, l'enseignement une lumière; les exhortations de la discipline sont le chemin de la vie,
Pr 6:24- pour te préserver de la femme mauvaise, de la langue doucereuse d'une étrangère.
Pr 6:25- Ne convoite pas dans ton cœur sa beauté, ne te laisse pas prendre à ses œillades,
Pr 6:26- car à la prostituée suffit un quignon de pain, mais la femme mariée en veut à une vie précieuse.
Pr 6:27- Peut-on porter du feu dans son sein sans enflammer ses vêtements ?
Pr 6:28- Peut-on marcher sur des charbons ardents sans se brûler les pieds ?
Pr 6:29- Ainsi celui qui court après la femme de son prochain : qui s'y essaie ne s'en tirera pas indemne.
Pr 6:30- On ne méprise pas le voleur qui vole pour s'emplir l'estomac quand il a faim;
Pr 6:31- pourtant, s'il est pris, il rendra au septuple, il donnera toutes les ressources de sa maison.
Pr 6:32- Mais l'adultère est privé de sens, qui veut sa propre perte agit ainsi!
Pr 6:33- Il récolte coups et mépris, jamais ne s'effacera son opprobre.
Pr 6:34- Car la jalousie excite la rage du mari, au jour de la vengeance il sera sans pitié,
Pr 6:35- il n'aura égard à aucune compensation, il ne consentira à rien, même si tu multiplies les présents.
1 - Croiser ton regard dans le doute,
Brûler à l'écho de ta voix.
Rester pour le pain de la route,
Savoir reconnaître ton pas.
2 - Brûler quand le feu devient cendre,
Partir vers celui qui attend.
Choisir de donner sans reprendre,
Fêter le retour d'un enfant.
3 - Ouvrir quand tu frappes à ma porte,
Briser les verrous de la peur.
Savoir tout ce que tu m'apportes,
Rester et devenir veilleur.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?
Il cherche son pareil dans le vœu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?
(Extrait de « Eloge d'une soupçonnée », Poésie/Gallimard)
La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.
L'Amour la poésie (1929)
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom
Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orages
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté
(1895 - 1952)
1876-1947 ; De Poèmes, NRF, Paris, 1919)
Gustave Flaubert (1821-1880) mit cinq ans à écrire Salammbô. Le roman connut dès sa parution un succès considérable auprès du public. S'inspirant d'un épisode peu connu de l'histoire de Carthage - une révolte de mercenaires qui se double de la passion née entre Salammbô, une belle prêtresse fille du maître de la ville, et Mâtho, le chef des rebelles-, Flaubert se livre à une minutieuse et puissante reconstitution historique qui, au fur et à mesure du déroulement de l'intrigue, devient une vaste épopée chaleureuse, pittoresque, somptueuse.
(extrait) Pierrot lunaire, (1860-1929)
Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht? -
Siehst, Vater, du den Erlkönig nicht?
Den Erlen könig mit Kron und Schweif?-
MeinS ohn, es ist ein Nebelstreif. -
"Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel ich mit dir;
Manch bunte Blumen sind an demStrand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand."
MeinVater, meinVater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht?
-Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind;
In dürren Blättern säuselt derWind. -
"Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn?
Meine Töchter sollen dich warten schön;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singendich ein."
MeinVater, meinVater, und siehst du nicht dort
ErlkönigsTöchter am düstern Ort? -
MeinS ohn, mein Sohn, ich seh es genau:
Es scheinen die alten Weiden so grau. -
"Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt."
Mein Vater, meinVater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids getan! -
Dem Vater grausets, erreitet geschwind,
Erhält in Arm end as ächzendeKind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not;
In seinen Armen das Kind war tot.
Qui chevauche si tard dans la nuit dans le vent ?
C'est le père avec son enfant,
Il serre le garçon dans ses bras,
Il le tient fermement, il le garde au chaud
Mon fils, pourquoi caches-tu ton visage d'effroi ?
Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le roi des Aulnes avec couronne et traîne ?
Mon fils, c'est une traînée de brouillard.
Toi cher enfant, viens, pars avec moi !
Je jouerai à de bien jolis jeux avec toi,
Il y a tant de fleurs multicolores sur le rivage
Et ma mère possède tant d'habits d'or
Mon père, mon père, n'entends-tu pas
Ce que le Roi des Aulnes me promet doucement ?
Calme-toi, reste calme, mon enfant,
Le vent murmure dans les feuilles mortes
Veux-tu, petit garçon, venir avec moi ?
Mes filles doivent déjà d'attendre
Mes filles conduisent le Rhin nocturne,
Elles te berceront de leurs chants et de leurs dances
Mon père, mon père, ne vois-tu pas là-bas
Les filles du Roi des Aulnes cachées dans l'ombre ?
Mon fils, mon fils, je le vois bien,
Les saules de la forêt semblent si gris.
Je t'aime, ton joli visage me touche,
Et si tu n'es pas obéissant, alors j'utiliserai la force !
Mon père, mon père, maintenant il me saisit
Le Roi des Aulnes me fait mal.
Le père frissonne d'horreur, il chevauche promptement,
Il tient dans ses bras l'enfant gémissant
Il parvient au village à grand effort
Dans ses bras l'enfant était mort.
Ist ese in ebendigWesen,
Dass ich in sich selbstgetrennt?
Sind es zwei, die sicher lesen,
Dasz man sie als Eineskennt?
Solche Frage zu erwidern,
Fandi ch wohld en rechten Sinn:
Fühlst du nicht an meinen Liedern,
Das zich Einsund doppelt bin?
La feuille de cet arbre
Qu'à mon jardin confia l 'Orient
Laisse entrevoir son sens secret
Au sage qui sait s'en saisir.
Serait-ce là un être unique
Qui de lui-même s'est déchiré ?
Ou bien deux qui se sont choisis
Et qui ne veulent être qu'un ?
Répondant à cette question
J'ai percé le sens de l'énigme
Ne sens-tu pas d'après mon chant
Que je suis un et pourtant deux ?
Poème de Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) : poète, philosophe, chercheur et botaniste, il dédia ce poème à une tendre amie, Marianne von Willemeren 1815 (dans son Divan occidental et oriental)
Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar,
Ihr gold'nes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar,
Sie kämmtes mit goldenem Kamme,
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewalt'geMelodei.
Den Schiffer im kleinenSchiffe,
Ergreiftes mit wildem Weh;
Erschaut nicht die Felsenriffe,
Erschaut nur hin aufin die Höh'.
Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am EndeSchifferund Kahn,
Und das hat mit ihrem Singen,
Die Loreley getan.
(1823)
Je vous dirai peut-être quelque jour
Quel lait pur, que de soins, que de voeux, que d'amour,
Prodigués pour ma vie en naissant condamnée,
M'ont fait deux fois l'enfant de ma mère obstinée,
Ange qui sur trois fils attachés à ses pas
Épandait son amour et ne mesurait pas !
Ô l'amour d'une mère ! amour que nul n'oublie !
Pain merveilleux qu'un dieu partage et multiplie !
Table toujours servie au paternel foyer !
Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier !
Je pourrai dire un jour, lorsque la nuit douteuse
Fera parler les soirs ma vieillesse conteuse,
Comment ce haut destin de gloire et de terreur
Qui remuait le monde aux pas de l'empereur,
Dans son souffle orageux m'emportant sans défense,
A tous les vents de l'air fit flotter mon enfance.
Car, lorsque l'aquilon bat ses flots palpitants,
L'océan convulsif tourmente en même temps
Le navire à trois ponts qui tonne avec l'orage,
Et la feuille échappée aux arbres du rivage !
Maintenant, jeune encore et souvent éprouvé,
J'ai plus d'un souvenir profondément gravé,
Et l'on peut distinguer bien des choses passées
Dans ces plis de mon front que creusent mes pensées.
Certes, plus d'un vieillard sans flamme et sans cheveux,
Tombé de lassitude au bout de tous ses voeux,
Pâlirait s'il voyait, comme un gouffre dans l'onde,
Mon âme où ma pensée habite, comme un monde,
Tout ce que j'ai souffert, tout ce que j'ai tenté,
Tout ce qui m'a menti comme un fruit avorté,
Mon plus beau temps passé sans espoir qu'il renaisse,
Les amours, les travaux, les deuils de ma jeunesse,
Et quoiqu'encore à l'âge où l'avenir sourit,
Le livre de mon coeur à toute page écrit !
Si parfois de mon sein s'envolent mes pensées,
Mes chansons par le monde en lambeaux dispersées ;
S'il me plaît de cacher l'amour et la douleur
Dans le coin d'un roman ironique et railleur ;
Si j'ébranle la scène avec ma fantaisie,
Si j'entre-choque aux yeux d'une foule choisie
D'autres hommes comme eux, vivant tous à la fois
De mon souffle et parlant au peuple avec ma voix ;
Si ma tête, fournaise où mon esprit s'allume,
Jette le vers d'airain qui bouillonne et qui fume
Dans le rythme profond, moule mystérieux
D'où sort la strophe ouvrant ses ailes dans les cieux ;
C'est que l'amour, la tombe, et la gloire, et la vie,
L'onde qui fuit, par l'onde incessamment suivie,
Tout souffle, tout rayon, ou propice ou fatal,
Fait reluire et vibrer mon âme de cristal,
Mon âme aux mille voix, que le Dieu que j'adore
Mit au centre de tout comme un écho sonore !
D'ailleurs j'ai purement passé les jours mauvais,
Et je sais d'où je viens, si j'ignore où je vais.
L'orage des partis avec son vent de flamme
Sans en altérer l'onde a remué mon âme.
Rien d'immonde en mon coeur, pas de limon impur
Qui n'attendît qu'un vent pour en troubler l'azur !
Après avoir chanté, j'écoute et je contemple,
A l'empereur tombé dressant dans l'ombre un temple,
Aimant la liberté pour ses fruits, pour ses fleurs,
Le trône pour son droit, le roi pour ses malheurs ;
Fidèle enfin au sang qu'ont versé dans ma veine
Mon père vieux soldat, ma mère vendéenne !
Victor Hugo : Ce siècle avait deux ans
(Recueil : Les feuilles d'automne)
RUY BLAS, survenant.
Bon appétit, messieurs !
Tous se retournent. Silence de surprise et d'inquiétude. Ruy Blas se couvre, croise les bras, et poursuit en les regardant en face.
Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,
L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !
Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
- Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
L'Espagne et sa vertu, l'Espagne et sa grandeur,
Tout s'en va. - nous avons, depuis Philippe Quatre,
Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;
En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ;
Et toute la Comté jusqu'au dernier faubourg ;
Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues
De côte, et Fernambouc, et les montagnes bleues !
Mais voyez. - du ponant jusques à l'orient,
L'Europe, qui vous hait, vous regarde en riant.
Comme si votre roi n'était plus qu'un fantôme,
La Hollande et l'Anglais partagent ce royaume ;
Rome vous trompe ; il faut ne risquer qu'à demi
Une armée en Piémont, quoique pays ami ;
La Savoie et son duc sont pleins de précipices.
La France pour vous prendre attend des jours propices.
L'Autriche aussi vous guette. Et l'infant bavarois
Se meurt, vous le savez. - quant à vos vice-rois,
Médina, fou d'amour, emplit Naples d'esclandres,
Vaudémont vend Milan, Leganez perd les Flandres.
Quel remède à cela ? - l'État est indigent,
L'état est épuisé de troupes et d'argent ;
Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères,
Perdu trois cents vaisseaux, sans compter les galères.
Et vous osez ! ... - messieurs, en vingt ans, songez-y,
Le peuple, - j'en ai fait le compte, et c'est ainsi ! -
Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,
Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
Le peuple misérable, et qu'on pressure encor,
A sué quatre cent trente millions d'or !
Et ce n'est pas assez ! Et vous voulez, mes maîtres ! ... -
Ah ! J'ai honte pour vous ! - au dedans, routiers, reîtres,
Vont battant le pays et brûlant la moisson.
L'escopette est braquée au coin de tout buisson.
Comme si c'était peu de la guerre des princes,
Guerre entre les couvents, guerre entre les provinces,
Tous voulant dévorer leur voisin éperdu,
Morsures d'affamés sur un vaisseau perdu !
Notre église en ruine est pleine de couleuvres ;
L'herbe y croît. Quant aux grands, des aïeux, mais pas d'oeuvres.
Tout se fait par intrigue et rien par loyauté.
L'Espagne est un égout où vient l'impureté
De toute nation. - tout seigneur à ses gages
À cent coupe-jarrets qui parlent cent langages.
Génois, sardes, flamands, Babel est dans Madrid.
L'alguazil 2, dur au pauvre, au riche s'attendrit.
La nuit on assassine, et chacun crie: à l'aide !
- Hier on m'a volé, moi, près du pont de Tolède ! -
La moitié de Madrid pille l'autre moitié.
Tous les juges vendus. Pas un soldat payé.
Anciens vainqueurs du monde, Espagnols que nous sommes.
Quelle armée avons-nous ? À peine six mille hommes,
Qui vont pieds nus. Des gueux, des juifs, des montagnards,
S'habillant d'une loque et s'armant de poignards.
Aussi d'un régiment toute bande se double.
Sitôt que la nuit tombe, il est une heure trouble
Où le soldat douteux se transforme en larron.
Matalobos 3 a plus de troupes qu'un baron.
Un voleur fait chez lui la guerre au roi d'Espagne.
Hélas ! Les paysans qui sont dans la campagne
Insultent en passant la voiture du roi.
Et lui, votre seigneur, plein de deuil et d'effroi,
Seul, dans l'Escurial 4, avec les morts qu'il foule,
Courbe son front pensif sur qui l'empire croule !
- Voilà ! - l'Europe, hélas ! Écrase du talon
Ce pays qui fut pourpre et n'est plus que haillon.
L'état s'est ruiné dans ce siècle funeste,
Et vous vous disputez à qui prendra le reste !
Ce grand peuple espagnol aux membres énervés,
Qui s'est couché dans l'ombre et sur qui vous vivez,
Expire dans cet antre où son sort se termine,
Triste comme un lion mangé par la vermine !
Acte III, sc. 2
1. Les routiers et les reîtres sont des soldats mercenaires. - 2. L'alguazil est un agent de police ou de justice espagnol. - 3. Matalobos est un bandit renommé. - 4. L'Escurial est le château où vit le roi d'Espagne.
Ce texte a été donné à l'épreuve de français du baccalauréat en Amérique du sud, séries générales, en 1996
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?
Ô lac ! L'annéeà peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! Jeviens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t'en souvient-il ? Nousvoguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :
" Ô temps ! Suspendston vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.
" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.
" Aimons donc, aimons donc ! del'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?
Eh quoi ! n'enpourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passéspour jamais ! quoi! toutentiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?
Ô lac ! rochersmuets ! grottes! forêtobscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.
Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
(1790-1869) (Recueil : Méditations poétiques)
Unsere beide Schatten
sah'n wie einer aus
Daß wir so lieb uns hatten
Das sah gleich man daraus
Und alle Leute soll'n es seh'n
Wenn wir beid er Laterne steh'n
Wie einst Lili Marlen
Wie einst Lili Marlen.
Schon rief der Posten,
Sie blasen Zapfenstreich
Es kann drei Tage kosten
Kam'rad, ich komm so gleich
Da sagten wir auf Wiedersehen
Wie gerne wollt ich mit dir geh'n
Mit dir Lili Marlen
Mit dir Lili Marlen
Deine Schritte kennts ie,
Deine schönen Gang
Alle abend brennt sie,
Doch mich vergaß sie lang
Und sollten mir ein Leids gescheh'n
Wer wird bei der Laterne stehen
Mitd ir Lili Marlen
Mit dir Lili Marlen
Aus dem stillen Raume,
Aus der Erden Grund
küßt mich wie imT raume
Dein verliebter Mund
Wenn sich die späten Nebel drehn
werd' ich bei der Laterne steh'n
Mit dir Lili Marlen
Mit dir Lili Marlen.
(1915) Musique : Norbert Schultze, 1937
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !
Je connais des bateaux qui restent dans le port
De peur que les courants les entraînent trop fort,
Je connais des bateaux qui rouillent dans le port
A ne jamais risquer une voile au dehors.
Je connais des bateaux qui oublient de partir
Ils ont peur de la mer à force de vieillir,
Et les vagues, jamais, ne les ont séparés,
Leur voyage est fini avant de commencer.
Je connais des bateaux tellement enchaînés
Qu'ils en ont désappris comment se regarder,
Je connais des bateaux qui restent à clapoter
Pour être vraiment surs de ne pas se quitter.
Je connais des bateaux qui s'en vont deux par deux
Affronter le gros temps quand l'orage est sur eux,
Je connais des bateaux qui s'égratignent un peu
Sur les routes océanes où les mènent leurs jeux.
Je connais des bateaux qui n'ont jamais fini
De s'épouser encore chaque jour de leur vie,
Et qui ne craignent pas, parfois, de s'éloigner
L'un de l'autre un moment pour mieux se retrouver
Je connais des bateaux qui reviennent au port
Labourés de partout mais plus graves et plus forts,
Je connais des bateaux étrangement pareils
Quand ils ont partagé des années de soleil.
Je connais des bateaux qui reviennent d'amour
Quand ils ont navigué jusqu'à leur dernier jour,
Sans jamais replier leurs ailes de géants
Parce qu'ils ont le cœur à taille d'océan.
Paroles et Musique: Marie-Annick Rétif - 1980
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m'est arrivé
Oui j'ai aimé quelqu'un
Oui quelqu'un m'a aimée
Comme les enfants qui s'aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n'y puis rien changer.
PAROLES, EDITIONS GALLIMARD, 1972, P. 99
II est terrible
le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
elle est terrible aussi la tête de l'homme
la tête de l'homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière
ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
dans la vitrine de chez Potin
il s'en fout de sa tête l'homme
il n'y pense pas
il songe
il imagine une autre tête
une tête de veau par exemple
avec une sauce de vinaigre
ou une tête de n'importe quoi qui se mange
et il remue doucement la mâchoire
doucement
et il grince des dents doucement
car le monde se paye sa tête
et il ne peut rien contre ce monde
et il compte sur ses doigts un deux trois
un deux trois
cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
et il a beau se répéter depuis trois jours
Ça ne peut pas durer
ça dure
trois jours
trois nuits
sans manger
et derrière ces vitres
ces pâtés ces bouteilles ces conserves
poissons morts protégés par les boîtes
boîtes protégées par les vitres
vitres protégées par les flics
flics protégés par la crainte
que de barricades pour six malheureuses sardines...
Un peu plus loin le bistro
café-crème et croissants chauds
l'homme titube
et dans l'intérieur de sa tête un brouillard de mots
un brouillard de mots
sardines à manger
oeuf dur café-crème
café arrosé rhum.
café-crème
café-crème
café-crime arrosé sang !...
Un homme très estimé dans son quartier
a été égorgé en plein jour l'assassin le vagabond lui a volé
deux francs
soit un café arrosé
zéro franc soixante-dix deux tartines beurrées
et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.
Il est terrible
le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim.
Prenez un mot, prenez en deux
faites cuire comme des oeufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d'innocence
faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et puis mettez les voiles
Où voulez-vous donc en venir ?
A écrire
Vraiment ? à écrire ??
(1903-1973), Le chien à la mandoline (1958)
Je voudrais pour tes yeux la plaine
Et une forêt verte et rousse
Lointaine
Et douce
A l’horizon sous un ciel clair
Ou des collines aux belles lignes
Flexibles et lentes et vaporeuses
Et qui sembleraient fondre en la douceur de l’air
Ou des collines
Ou la forêt…
Je voudrais
Que tu entendes
Forêt, vaste, profonde et tendre
La grande voix sourde de la mer
Qui se lamente
Comme l’amour
Et par instant, tout près de toi,
Dans l’intervalle
Que tu entendes
Tout près de toi
Une colombe
Dans le silence
Et faible et douce
Comme l’amour
Un peu dans l’ombre
Que tu entendes
Sourdre une source
Je voudrais des fleurs pour tes mains
Et pour tes pas
Un petit sentier d’herbe et de sable
Qui monte un peu et qui descende
Et tourne et semble
S’en aller au fond du silence
Un tout petit sentier de sable
Où marqueraient un peu tes pas
Nos pas
Ensemble !
La Cité des eaux (1902) – Henri de Régnier épousa Marie fille de José Maria de Heredia, qui le trompa avec Pierre Louÿs…
(extraits)
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulletrahison ?
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine,
Mon coeur a tant de peine.
°°°°°°
O triste, triste était mon âme
A cause, à cause d'une femme.
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon coeur s'en soit allé,
Bien que mon coeur, bien que mon âme
Eussent fui loin de cette femme,
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon coeur s'en soit allé.
Et mon coeur, mon coeur trop sensible
Dit à mon âme : Est-il possible,
Est-il possible, - le fut-il, -
Ce fier exil, ce triste exil?
Mon âme dit à mon coeur : Sais-je
Moi-même, que nous vaut ce piège
D'être présents bien qu'exilés
Encore que loin en allés ?
Poèmes extraits de ARIETTES OUBLIEES ( IIIet VII )
in ROMANCES SANS PAROLES
À genoux, cinq petits, - misère ! -
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond...
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l'enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.
Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge,
Chaud comme un sein.
Et quand, pendant que minuit sonne,
Façonné, pétillant et jaune,
On sort le pain,
Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées,
Et les grillons,
Quand ce trou chaud souffle la vie
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,
Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre !
- Qu'ils sont là, tous,
Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, chantant des choses,
Entre les trous,
Mais bien bas, - comme une prière...
Repliés vers cette lumière
Du ciel rouvert,
- Si fort, qu'ils crèvent leur culotte,
Et que leur lange blanc tremblote
Au vent d'hiver...
20 septembre 1870
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! etj'étais ton féal;
Oh! là! là! qued'amours splendides j'ai rêvées!
Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucetrêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques,
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur!
Fantaisie, 1870 (écrit à l'âge de 16 ans)
A noir, E blanc, I rouge, U vert, 0 bleu: voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinentautour des puanteurs cruelles,
Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrementsdivins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux;
0, suprême Clairon plein de strideursétranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges:
- Ô l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
(1871)
(1854-1891) Poésies
Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las ! las ! ses beautés laissées choir!
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure,
Que du matin jusqu'au soir !
Donc, si vous me croyez mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleure la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
Pierre de RONSARD (1524-1585) (Recueil : Les Odes). Mise en musique, chantée, récitée par des générations d'écoliers, cette ode à Cassandre est depuis 1550 la plus célèbre invitation à jouir de l'instant. Cassandre, fille d'un banquier italien, a transcendé le poète au point que celui-ci l'a idéalisé et élevé au rang des muses. Le système des odes purement métrique consiste en un retour en trois strophes, les deux premières étant de même structure.
Je suis très émue de vous dire que j'ai
Bien compris l'autre soir que vous aviez
Toujours une envie folle de me faire
Danser. Je garde le souvenir de votre
Baiser et je voudrais bien que ce soit
Là une preuve que je puisse être aimée
Par vous. Je suis prête à vous montrer mon
Affection toute désintéressée et sans cal-
Cul, et si vous voulez me voir aussi
Vous dévoiler sans artifice mon âme
Toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
Sincère, capable de vous offrir l'affection
La plus profonde comme la plus étroite
En amitié, en un mot la meilleure preuve
Que vous puissiez rêver, puisque votre
Ame est libre. Pensez que la solitude où j'ha-
Bite est bien longue, bien dure et souvent
Difficile. Ainsi, en y songeant, j'ai l'âme
Grosse. Accourrez donc vite et venez me la
Faire oublier par l'amour où je veux me
Mettre.
(lettre attribuée à GS et destinée à Musset , à lire une ligne sur deux)
Frères, parmi les dons de Dieu, vous cherchez à obtenir ce qu'il y a de meilleur. Eh bien, je vais vous indiquer une voie supérieure à toutes les autres. J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n'ai pas la charité, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J'aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu'à transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien. J'aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j'aurais beau me faire brûler vif, s'il me manque l'amour, cela ne me sert à rien. L'amour prend patience ; l'amour rend service ; l'amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s'emporte pas ; il n'entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L'amour ne passera jamais. Un jour, les prophéties disparaîtront, le don des langues cessera, la connaissance que nous avons de Dieu disparaîtra. En effet notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l'achèvement, ce qui est partiel disparaîtra. Quand j'étais un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j'ai fait disparaître ce qui faisait de moi un enfant. Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai vraiment, comme Dieu m'a connu. Ce qui demeure aujourd'hui, c'est la foi, l'espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c'est la charité.
4e dimanche des temps ordinaires- Textes liturgiques © AELF, Paris
[1] La lecture continue de la première épître de saint Paul aux Corinthiens nous présente aujourd'hui l'admirable hymne à la charité. Sans vouloir déprécier les charismes et sans renoncer totalement à dire ceux qui ont sa préférence, saint Paul affirme solennellement qu'au-dessus de tous les dons particuliers et les dépassant tous, il y a l'amour que Dieu nous a communiqué. Ce don, en effet n'est pas un charisme parmi d'autres (fût-ce le plus éminent), il est l'essence même de la vie chrétienne. Sans lui rien ne compte, ni le parler en langues, ni la science, ni la prophétie, ni la foi, ni mëme le sacrifice de ses biens et de sa propre vie. Tous les dons particuliers sont relatifs, seul l'amour est absolu puisqu'il est Dieu lui-même.
À Francis Viélé-Griffin.
Onde vraie,
Onde première,
Onde candide,
Onde lys et cygnes,
Onde sueur de l’ombre,
Onde baudrier de la prairie,
Onde innocence qui passe,
Onde lingot de firmament,
Onde litanies de matinée,
Onde choyée des vasques,
Onde chérie par l’aiguière,
Onde amante des jarres,
Onde en vue du baptême,
Onde pour les statues à socle,
Onde psyché des âmes diaphanes,
Onde pour les orteils de fées,
…
Je te salue de l’Elseneur de mes péchés !
[Vérifier si les vers suivants en font partie]
Onde bébé des pluies d’avril
Onde petite fille à la poupée
Onde fiancée perlant sa missive…
Onde pipi de la lune-aux-mousselines
Onde jouissance du soleil en roue de paon]
(1861 - 1940) - Marseillais qui s’installe au manoir de Boultous, à Roscanvel, près de Camaret ; agression de soldats allemands en juin 1940 ; viol de sa fille ?; meurt à l’hôpital de Brest
Sage-femme de la lumière veut dire : le coq
Lendemain de chenille en tenue de bal : papillon
Péché-qui-tette : enfant naturel
Quenouille vivante : mouton
La nageoire des charrues : le soc
Guêpe au dard de fouet : la diligence
Mamelle de cristal : une carafe
Le crabe des mains : main ouverte
Lettre de faire part : une pie
Cimetière qui a des ailes : un vol de corbeaux
Romance pour narine : le parfum des fleurs
Le ver à soie des cheminées : ?
Apprivoiser la mâchoire cariée de bémols d'une tarasque moderne : jouer du piano
Hargneuse breloque du portail : chien de garde
Limousine blasphémante : roulier
Psalmodier l'alexandrin de bronze : sonner minuit
Cognac du père Adam : le grand air pur
L'imagerie qui ne se voit que les yeux clos : les rêves
L'oméga :
Feuilles de salade vivante : les grenouilles
Les bavardes vertes : les grenouilles
Coquelicot sonore : chant du coq
Vu sur http://www.remydegourmont.org/vupar/rub2/saintpolroux/notice.htm
- Alors que deviendrait
Tout ce qui fait le ciel,
La lune et son passage,
Et le bruit du soleil?
- Il vous faudrait attendre
Qu'un second cavalier
Aussi puissant que l'autre
Consentît à passer.
(Montevideo, Uruguay 1884 - Paris 1960)
Il voudrait en faire une espèce d'oiseau bien plus grand que nature
Parmi les autres oiseaux
Mais lui ne fait pas attention,
Il faut savoir être un arbre durant les quatre saisons,
Et regarder, pour mieux se taire,
Écouter les paroles des hommes et ne jamais répondre,
Il faut savoir être tout entier dans une feuille
Et la voir qui s'envole.
Tiré de Les Amis Inconnus
L'espoir luit comme
un brin de paille dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol
fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne
t'endormais-tu, le coude sur la table ?
Pauvre âme pâle, au moins cette
eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je
reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme
un enfant bercé.
Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort.
C'est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres
malheureux.
Midi sonne. J'ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors !
L'espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah ! quand refleuriront les
roses de septembre !
(1844-1896) - Recueil: Sagesse
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cessed'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
(Poèmes saturniens) niens)
Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse
Sous nos pieds, sur nos fronts, puisque c'est votre loi
Vivez, et dédaignez, si vous êtes déesse,
L'homme, humble passager, qui dutvous être un roi ;
Plus que tout votre règne et que ses splendeurs vaines,
J'aime la majesté des souffrances humaines,
Vous ne recevrez pas un cri d'amour de moi.
Mais toi, ne veux-tu pas, voyageuse indolente,
Rêver sur mon épaule, en y posant ton front ?
Viens du paisible seuil de la maison roulante
Voir ceux qui sont passés et ceux qui passeront.
Tous les tableaux humains qu'un Esprit pur m'apporte
S'animeront pour toi, quand, devant notre porte,
Les grands pays muets longuement s'étendront.
Nous marcherons ainsi, ne laissant que notre ombre
Sur cette terre ingrate où les morts ont passé ;
Nous nousparlerons d'eux à l'heure où tout est sombre,
Où tu te plais à suivre un chemin effacé,
A rêver, appuyée aux branches incertaines,
Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines,
Ton amour taciturne et toujours menacé.
(3 dernières strophes, Les Destinées)