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Lavenir est une porte entrouverte et moi je ne sais comment pousser cette porte.
Lentrouvrir, glisser la tête par lentrebâillement, risquer un il frileux et progressif, puis avancer pas à pas comme sur des ufs ?
Ou bien au contraire, lui donner un grand coup de pied dans le ventre, franchir le seuil en vainqueur et, une fois dehors, lever les bras quoiquil arrive, même sil ny a personne, ni foule hurlante, ni caméras pressantes, rien que la route qui se déroule devant moi comme un ruban dancienne machine à écrire, comme la pellicule des projecteurs fumants dans les vieilles salles de cinéma.
Tant pis, javancerai bêtement puisque me voilà.
Et, surtout, la grande question : est-ce que la façon dont on pousse la porte ne modifierait pas le paysage quelle cache ?
Furtif, tu découvres une campagne impressionniste.
Violent, tu débarques en pleine tempête océane.
Est-ce que ce dehors de demain ne serait pas quun rêve quon bâtit au moment même où on change dépoque, de temps, de conjugaison, quand aujourdhui devient hier et demain aujourdhui.
Quelle importance ?
Même sil se dessine au fur et à mesure, le futur est possible parce quil est obligatoire, il se prend à bras le corps et suivant la manière dont tu létreins il te rendra ta caresse ou ton coup de poing.
Donc, un conseil, vas-y mollo, cest moins risqué, tauras tout le temps daccélérer si cest trop calme à ton goût, la brutalité est une connerie, un pis-aller, ouvre grand papilles et pupilles, délectes-toi de linconnu provisoire, de lintérim, du clair-obscur régnant entre les deux mondes, emporte les parfums que tu aimes pour les répandre devant toi sur la route qui serpente.
Fais ton soleil, comme disait le poète, son seul conseil intelligent.
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