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Je vous le dis bien en face, ça ne peut plus durer !
La techno nous bouffe, le cyber nous étouffe. Plus on soccupe des chiffres, moins on soccupe des hommes. Plus tu branches, moins tu penses : haut débit, gros dépit. Alors, je dis : halte-là !
Je voudrais un peu de poésie dans ce monde de la vitesse reine. Je voudrais du temps pour une âme calme et sereine.
Je voudrais que les gens se regardent dans les yeux quand ils se parlent, que chacun puisse se contempler dans sa glace tous les matins sans faire des grimaces.
Quon se souvienne plus souvent quon va mourir, Bill Gates comme les autres : ce jour-là, couvert de ses dollars, il sera aussi nu quun sans-papier car il ne pourra pas acheter le paradis (enfin, je lespère, Saint-Pierre, je ten supplie !).
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La pluie est triste parce qu'elle nous rappelle le temps où nous étions poissons. »
Ramon Gomez de la Serna
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Je voudrais que lentreprise redevienne un lieu social habité par des âmes fortes et droites, soucieuses de développer un grand projet utile. Je voudrais combattre la lâcheté grandissante dune planète affolée qui ne parvient même plus à intéresser les nouvelles générations.
Les salariés de Larousse, inquiets dêtre repris par un groupe qui monopoliserait toute lédition française (en clair : achetés par Hachette, le roi de la machette), manifestaient en disant : « Voici comment nous serons gérés : les lettres W et Z, nétant pas assez utilisées, seront supprimées de lalphabet ! » Fini le zygopétale*, adieu le witloof **!
Ils avaient compris, eux, que le summum de lEbitda est de faire tout avec rien.
Dailleurs, quand nous aurons installé toutes nos usines ailleurs (cest-à-dire là où cest moins cher), puis tous nos services (parce que, cest incroyable, même les pauvres deviennent intelligents), alors, que nous restera-t-il dautre à faire que se demander à quoi on sert ? Et quand les pauvres seront riches, où ira-t-on, ratons erratiques ?
Bref, le choix est simple : dun côté, compter ; de lautre, aimer. Avoir ou être, telle est la question binaire du monde digitalisé.
Je sais, certains militent pour que le commerce soit durable, léconomie solidaire, les échanges équilibrés, les politiques intelligents et les patrons intègres. Mais en général, ce sont les pauvres qui font semblant dy croire, les
riches, eux se marrent en allumant leur cigare.
Voilà donc, triste bilan, où nous a amené la techno : à accélérer le temps et à supprimer lespace. Le monde digital est un monde virtuel, au sens propre,
cest-à-dire unidimensionnel.
Essayez de le dessiner, ce monde à un seul axe (largent), vous verrez, ce nest pas facile ! Même le point le plus minuscule écrit sur une feuille blanche possède au moins trois dimensions. Largent navait déjà pas dodeur, désormais, il na pas non plus dexistence mathématique.
Pourtant, la techno aurait pu nous faire du bien, nous apprendre à lire et à écrire, à parler toutes les langues, bref à écouter et comprendre lautre. Au lieu de cela, elle sest contentée daccélérer la communication, cette forme trafiquée de linformation. Grâce à elle, on bidouille les comptes, on diffuse des
virus. Le monde a perdu son âme.
* variété dorchidées tropicales à ample labelle (Petit Robert)
** chicorée sauvage à grosse racine qui, par étiolement, donne lendive (Petit Robert)
(NDLR: la grosse photo d'ouverture n'est pas un zygopétale, mais un witloof (une endive, quoi!) ]
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