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Luc Fayard, Dictionnaire impertinent des branchés, Editions First, 2002
«
Garde-côte : ne pas employer au pluriel en parlant des seins d'une femme. » Flaubert, Dictionnaire
des idées reçues.
«
Tout a été dit. Sans doute… Si les mots n'avaient changé de sens; et les sens,
de mots. » Jean Paulhan.
« Si vous m'avez bien compris, c'est que je me
suis mal exprimé. »
Attribué à Alan Greenspan, patron de la
Fed, la Banque Fédérale Centrale des Etats-Unis.
Malgré
tout, les mots continuent d'être l'un des plus grands miracles de la nature
humaine. Ils peuvent tout dire, tout exprimer, tout et son contraire et souvent
les deux en même temps. Hélas, la société de l'information ayant sacralisé le
comportement zapping - shopping, les mots ont été peu à peu kidnappés par la
technologie, l'économie, la politique, la publicité, le marketing...Mots purs,
mots riches, mots complexes, les voici transformés en messages monothéistes,
relayés sans filtres par les médias. L'art de la communication -le fait de
parler pour ne rien dire, parce que si on avait vraiment quelque chose à dire,
on n'aurait pas besoin d'en faire un art - est devenu une arme redoutable.
Surtout quand il se nimbe de l’aura attrayante du jargon spécialisé. Parti de
la technologie, le marketing viral des mots s'est diffusé dans toute la
société. Ainsi sont nées, entre autres, la pensée unique et le politiquement
correct, les solutions qui remplacent les produits, la globalisation
qui masque l'absence d'idées. Alors, stop ! Pitié pour les mots !
Décortiquons, décodons, décryptons ! Mieux : rions ! Cette diverticulose du
langage une fois disséquée, un bon moyen de lutter contre elle est peut-être de
savoir s'en moquer. Tel est le but de ce modeste opuscule, rédigé par un usager
passionné et critique des nouvelles techniques de l'information, qui est resté
un amoureux des mots. Malgré tout.
Les
deux chiffres symboles du monde moderne, binaire, gouverné par l'ordinateur.
Tout commence avec l'électricité, rappelez-vous : 0, le courant ne passe pas ;
1, le courant passe. Au-delà, c'est trop compliqué. Ce monde caricatural nous
propose le choix entre deux solutions seulement, exclusives l'une de l'autre.
Le courant n'a pas le droit de passer « plus ou moins » : il est ou il n'est
pas. C'est le règne de l'alternative, de l'exclusion. L'univers digital est
définitivement dichotomique. Ainsi, on est yin ou yang, jeune ou vieux, Mac
ou PC,
de gauche ou de droite, homme ou femme, 0 ou 1. Tant pis pour les
hermaphrodites, les artistes, pour tous ceux qui doutent, tant pis pour les
adeptes du non-dit, tant pis pour toutes les aubes et tous les crépuscules.
Plus de compromis, on est devant ou derrière la caméra, émetteur ou récepteur
de messages, on ne peut plus être ailleurs.
Ces
deux digits (à la fois chiffre et doigt) qui nous
gouvernent sont d'affreux tyrans : avec les chiffres, ils nous disent que tout
est mesurable, même l'amour ; avec les doigts,
ils nous obligent à taper sur des
claviers pour communiquer, c'est-à-dire pour exister. Le langage numérique
est d'une extraordinaire simplicité et d'une formidable perversité.
Par
extension :
La « binarisation » du monde devient une sorte de jeu de société, dans lequel
toute information lisible au départ doit obligatoirement se traduire en
informatique par une suite incompréhensible de 0 et de 1. Dans ce monde
bizarre, il n’y a que deux sortes de joueurs : les « Fabricants» qui
gagnent à tous les coups parce qu'ils peuvent changer à volonté leurs
combinaisons de 0 et de 1 et les « Utilisateurs » qui sont obligés de
payer pour deviner ce qui se passe à chaque distribution des cartes. S'ils ne
trouvent pas la solution, ils piochent dans la case Consultant en
doublant leur mise mais le résultat est rarement probant. La case chance
s'appelle Analyste et, là,
heureusement, on rigole beaucoup quand on lit les cartes. En dernier recours,
l'utilisateur peut essayer la case Mode d'emploi : chaque carte explique le
fonctionnement théorique d'une combinaison particulière de 0 et de 1, qui n'a
évidemment rien à voir avec la réalité qu'on a pu observer.
Se
prononce « neuf-trois » pour insister sur l'appartenance à une
communauté départementale et ethnologique (voir Jeunes des
quartiers) ; s'utilise exclusivement dans le dialogue suivant : «T'es
d'où, toi ? - Du neuf-trois ! ». N'a
rien à voir avec 69, même si on n’a jamais prouvé que les Lyonnais étaient
particulièrement doués dans ce domaine. Dans les Yvelines (78), où il existe
pourtant des communautés semblables, on ne doit pas dire « sept-huit »
sous peine de ridicule. Pourquoi ? On ne sait pas, c'est comme çà. Cette
attirance des jeunes pour les chiffres est un signe plutôt encourageant dans la
perspective de ce monde technologique auquel nous devons les former.
La
règle 3 A (Actionnaire-Actionnaire-Actionnaire)
dirige désormais la stratégie des entreprises
cotées en bourse qui, d’ailleurs, ne l'ont plus tellement, la cote, vu le yoyo
des indices boursiers. Elle a remplacé la règle A2C
(Actionnaire-Client-Collaborateur) qui sévissait dans les années
préhistoriques, celles qui ont précédé l’e-krack, où chacun
trouvait sa place dans une ambiance travailleuse, harmonieuse et détendue (bon,
d'accord, c'était pas aussi idyllique !...). Il paraît qu’à l’époque, les
dirigeants d’entreprises décidaient vraiment entre eux de leur stratégie, en se
préoccupant d’abord des intérêts de l’entreprise et en essayant de faire
adhérer leurs collaborateurs à ces projets. Incroyable, non !
Désormais,
c'est beaucoup plus simple, l'actionnaire est l'objectif unique à satisfaire et
ce but sera atteint grâce à un outil (le client) et une ressource (le
collaborateur) :
Allez-y,
prononcez-le : AAA ! Cela sonne comme le soupir de la mort d'un mythe : celui
de l'entreprise, corps social créé par des hommes pour des hommes. On aurait dû
se méfier quand ils ont remplacé la « gestion du personnel », par la « direction des ressources humaines
».
En
langage juridique une personne morale, c’est une organisation, une entreprise.
Comme si une entreprise se préoccupait de la moralité! Car le gros actionnaire
est par définition une personne morale amorale, affectée d'un trouble oculaire
spécifique: dans des comptes financiers, elle ne peut lire que la ligne du bas,
celle du résultat ; cette ligne s'appelle en anglais bottom line, littéralement
la ligne du derrière ; expression
qu'on aurait envie de traduire - mais ce ne serait pas correct - par: « Des
profits ? mon cul ! ».
Parce
que les bénéfices, dès qu'on vend l’entreprise, ils ne sont plus pour vous,
mais pour le propriétaire. Le collaborateur, lui, ne peut que pleurer ses
stocks-options qui ne valent plus un radis, depuis que la bourse en a décidé
ainsi.
Le
nouveau slogan des fusions-acquisitions-restructurations (fusacs
en abrégé), c'est : « Tout pour un (l'actionnaire) ; rien pour tous (les
salariés) ». Le vrai actionnaire, celui qui dirige les fusacs du monde
entier à partir des fonds de pension anglo-saxons,
n'est donc pas une personne physique, c'est une entité abstraite dont la seule
représentation connue à ce jour semble être une machine à calculer qui ne
compte que dans un sens : celui du plus.
Quand
il vend, c'est forcément au plus offrant, à qui il vante la qualité de ses
personnels et de son encadrement. Voici donc le nouvel axiome de l’économie
financière : plus les cadres et les managers
sont mis en avant, plus le chèque risque d'être gros… mais pas pour eux.
Ainsi,
quand ils ont changé de propriétaire sans avoir pu donner leur avis ni toucher
un kopek, les cadres et ces employés s’adonnent avec persévérance aux 35
heures.
Entreprise
née en 19XX de toutes pièces sur internet qui croyait pouvoir
vendre en ligne deux fois plus de livres que les libraires classiques, sans
avoir de stocks à gérer. Erreur ! Les libraires se sont défendus, Amazon a
quand même été obligée d'ouvrir des entrepôts et du coup, ses perspectives de
marges ont fondu. C'est pourquoi l'expression « se faire amazoner » qui signifiait au
départ « se faire doubler sur internet » a finalement pris le sens de «
se faire pigeonner par internet. »
Amazon
est régulièrement la cible des humoristes, comme dans ce dessin sur le web
où l'on voit Jeff Bezos, le patron américain, et ses deux proches
collaborateurs, tous les trois riant jaune à pleine dents (Jeff Bezos est
réputé s’esclaffer bruyamment tout le temps, ce qui lui évite d’avoir à
réfléchir) ; dans une bulle, le premier pense « Si j'arrête de rire, les
banques me lâchent » et, dans une autre bulle, les deux autres se disent : «
Si on arrête de rire, il nous vire ».
Agiter
avant de s'en servir. Ou bien : Démarrer-Arrêter-Démarrer-Arrêter…
Comme Windows. Dans le temps, on
parlait de l'amour de son métier. Aujourd'hui, quand on parle d'amour dans le
métier, il ne peut s'agir que de harcèlement sexuel.
Psychothérapie : un vieux
professionnel qui écoute en privé et qui sait ce qu'il ne veut pas dire.
Finances
: un
jeune amateur qui parle en public de ce qu'il ne sait pas et qui se trompe tout
le temps. Dans cette dernière acception, le mot pourrait être une contraction
de anal et de kyste , vulgairement traduisible par « trou du cul », plus quelques
épithètes empruntées au vocabulaire médical (version salle de garde).
Commentaire
: les
virevoltes de la net économie et le yoyo
boursier des valeurs high tech ont fait beaucoup
de tort aux analystes, hier portés aux nues, aujourd'hui voués aux gémonies.
S'ils avaient vus juste, ils seraient milliardaires et feraient la Une de
Paris-Match. Mais les analystes ont un vrai problème, ils sont myopes : «
Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt. » dit le proverbe
chinois.
Il est pourtant tentant de prédire l’avenir boursier des entreprises sur la
base de quelques calculs mathématiques tellement compliqués que personne ne les
comprend et d’informations parcellaires, piochées ici et là, soigneusement
amalgamées pour en faire une tendance. Un analyste qui parle doctement d’une
entreprise ne la connaît pas, n’a jamais visité ses usines et n’a jamais
réellement discuté avec ses dirigeants. Sinon il pourrait se laisser
influencer. C’est un peu comme ces profs d’architecture aux Beaux-Arts qui se
vantent devant leurs étudiants de n’avoir jamais construit une maison.
Créé
en avril 2000, ce personnage a été labellisé par le livre Guiness des Records comme
la première présentatrice de journal
virtuelle. On peut donc la regarder sur un site web ânonner des dépêches
d’agence : on ne voit que sa tête
et on imagine le reste. On se dit qu’elle a tout d’une grande (femme sexy),
tous les hommes ont envie de coucher avec elle, mais ce n’est pas possible, on
peut juste la regarder et gémir de frustration. Ananova dit autant de choses
idiotes que les vraies présentatrices mais elle, au moins, elle n’a pas l’air
d’y croire vraiment.
Symbole
d'internet : on ne sait pas ce
que ce caractère veut dire ni d'où il vient ni à quoi il sert vraiment mais
tout le monde en parle et l'utilise. Attntion, quand vous épelez l'adresse de
votre e-mail, ne dites pas arobase
mais at, à l'anglaise. Les anglais non plus ne savent pas pourquoi ils
disent çà, mais ils le font avec tellement d'arrogance !
Dernier
espoir des moralistes ; dans les salons, il y a toujours quelqu’un pour dire : «
Au 21e siècle, l'art remplacera la religion» et
les gens opinent alors gravement sans comprendre. Dans une variante
contemporaine, art est remplacé par internet mais ça
n'a pas pris parce que le net, ce n'est pas l'opium du peuple, c'est tout juste
un bonbon qui n’a plus de goût.
Dans
le sens commun, désavoué par l'académie, avoir des avatars, c'est avoir des
ennuis, des avanies. Dans l'univers du jeu en réseau et des
communautés sur internet, un avatar, c'est
un clone virtuel du joueur ou de l'internaute,
un pseudonyme derrière lequel il se cache et qui a une forme bien visible sur
les écrans. Ce qui n'est au départ qu'un jeu prend une consonance bien plus
mystique quand on sait qu'avatar vient de l'hindou ou il symbolise les
différentes incarnations humaines que peut revêtir Vishnou ! Méfiez-vous de vos
avatars, ils vous apporteront peut-être des ennuis ! Le summum de l'avatar peut
conduire à la schizophrénie, par exemple un homme politique qui se prendrait
pour sa marionnette des Guignols ou encore un monde virtuel qui se croirait un
monde réel, scénario bien connu des films cultes de science-fiction et des
partis politiques.
Sombre, incertain,
complexe mais aussi ouvert, flexible, changeant… Comme l’économie et comme les
technologies. Pierre Dac avait raison : « La prévision est difficile,
surtout quand elle concerne l’avenir. »
Non,
ce n'est pas un groupe de badauds! Au départ, la bande passante, c'est très
technique, ça se calcule en mega ou gigaherz, c'est une unité pour mesurer les
fréquences disponibles en communication. Plus la bande est large, plus vous
êtes saturé d’infos. Aujourd'hui, le terme s'est étendu et désigne plutôt la
capacité à supporter ce fameux haut débit dont personne
n'a vraiment besoin, à part les opérateurs télécoms pour se refaire une santé,
après leur flop dans le Wap et l’UMTS.
Si
vous voulez paraître branché, dites plutôt : « Dis donc, ta sono (ta moto,
etc.), elle a une méga bande passante ! » .
Quand
un homme dit à une femme (ou inversement) « Toi, t'es une vraie bande
passante », cela peut être interprété de plusieurs manières… A manier donc
avec précaution.
Ainsi
a-t-on qualifié, pendant un certain temps, les créateurs de start
up internet qui
débarquaient sur des marchés encombrés en voulant tout casser et en ne
respectant aucune règle : pas question, par exemple, d'attendre les profits
pour aller en bourse. L'objectif prioritaire du créateur était de faire parler
de lui et de récupérer un maximum d'abonnés à son site web, par tous les
moyens. Ensuite, le cours grimpait dans des proportions vertigineuses et il
revendait ses parts en ayant décuplé sa mise, pour prendre sa retraite à 30
ans. Hélas, « les faits sont têtus » nous avait prévenus Lénine et tout
ne s'est pas passé exactement comme prévu. Mais c'est la faute aux financiers,
bien sûr.
Le
barbare se reconnaissait dans les salons d’affaires par une figure mal rasée
d'où émergeaient des yeux brûlant d'une incroyable insolence, un peu comme ceux
des consultants.
Quand
les cours boursiers se sont inversés, il a rasé sa barbe et il s'est mis à
faire les yeux doux mais plus personne ne le regardait.
Antonyme
: mutant.
C'est le cadre d'entreprise traditionnelle qui, piqué par le virus du web, se
prend tout d'un coup pour un entrepreneur internet. Il arrache sa cravate,
chausse des Reebok et, l'œil allumé, se met à parler avec des mots bizarres: «Boys
! On va flamber 100 briques dans l'année pour affilier notre portail B2B».
Ensuite, soit il devient patron de l'activité e-business de sa
boîte et il est viré quelques mois après, soit il est viré tout de suite.
Modèle
d'affaires consistant à vendre par correspondance électronique, au bout d'une
heure de connexion, et en livrant sans respecter les délais, des produits non
conformes à la demande, alors que l'on peut acheter en cinq minutes au même
prix les produits appropriés au magasin du coin. Difficile à mettre en œuvre,
ce modèle a bien marché au départ mais les financiers ont arrêté d'y croire le
jour où leur femme leur a demandé de faire les courses sur internet.
Prononcez
bite-ou-scie. Rien à voir avec un boys band. En anglais, abréviation de
: business to consumer, c'est-à-dire directement du producteur au
consommateur, mais via internet pour compliquer les
choses. Sinon, ce serait trop facile.
Antonyme : B2B, prononcez bite-ou-bi
, qu’on pourrait traduire en français par : la bourse ou la vie. Car le
B2B, c'est le business entre professionnels sur internet, le seul qui marche
parce que les petits rigolos n'y sont pas admis et que le ticket d'entrée y est
très élevé. Un peu comme la roulette au casino.
Dans
un autre domaine, le B2C et le B2B sont des figures compliquées du kamasoutra,
réservées à des contorsionnistes.
Un
mot ultra-technique pour paraître branché sans effort. Permet de gagner tout de
suite l’estime de ses proches. Se prononce d'une traite : biosse. Si on
vous dit que cela signifie Basic Input Ouput System, cela ne vous
servira guère dans les salons. Rien à voir en tout cas avec le sexe qui peut
être assimilé à un système d'entrée-sortie mais qui n'est pas basique. Par
contre, si vous pouvez caser dans une conversation: « T'as touché au set-up (prononcez
sept-heuppe) de ton Bios pour changer les I-R-Q de tes périph ? »,
soit on vous répond et là, prétextez un malaise, soit on vous regarde bouche
bée comme si vous étiez un petit génie et vous pouvez commencer à signer des
autographes et même, éventuellement, à écrire un livre sur la technologie.
Sans e et pas d’amarrage, abréviation de binary digit, bidule binaire qui stocke l’information quelque part dans l’ordinateur, en général vous ne savez jamais où et à condition qu’on n’oublie pas de l’allumer.
Bit, c’est aussi un vieux mot anglais, qui veut dire un petit bout de machin (just a little bit) ou encore le mors dans la bouche du cheval. Quand votre ordinateur prend le mors aux dents et qu’il vous raconte n’importe quoi en hennissant, c’est qu’il a avalé ses bits de travers.
L’avantage du bit informatique par rapport à ses homophones, c’est qu’il n’a que deux valeurs : 0 ou 1. Contrairement au côté échangiste de la bite d’amarrage qui peut servir à plein de bateaux différents. Et contrairement à l’autre qui, apparemment et c’est un peu agaçant, aurait des proportions extrêmement variables selon les individus et les situations. C’est la vieille histoire des deux hommes qui soulagent leur vessie au-dessus de la margelle d’un pont de rivière: le premier dit « Le fonds de l’air est frais. » Le deuxième répond : « Le fond de l’eau aussi. »
Abréviation
de « bourgeois-bohémiens » ; tentative sociologique de la fin du 20e
siècle, intéressante mais maladroite, et qui s'est finalement soldée par un
échec, visant à définir une classe de gens que c'est-pas-parce-qu'on-
gagne-plein-de-pognon-qu'on-a-pas-aussi-envie-de-s'éclater-de-
temps-en-temps.
En fait, la réalité est plus cruelle : soit on se marre, soit on travaille. Le
concept a donc disparu aussi vite qu'il est né.
Dans
l'histoire des grandes classifications sociétales, les bobos auraient
pourtant bien aimé remplacer feu les yupies (young urban professionnal,
les jeunes citadins qui bossent), ainsi qu’on appelait dans les années 90 ces
travailleurs branchés, riches, intelligents mais l'œil trop brillant à cause
d'un abus de cocaïne, une drogue devenue politiquement
incorrecte, ce qui les a rapidement fait disparaître du paysage
médiatique.
Vient
de l'anglais bug, punaise et par extension bestiole nuisible, comme celle qui, en se faisant griller
par les circuits électriques, provoqua la première panne du premier gros
ordinateur. C'était en l'an 28 av MC (Microsoft).
En
fait, ce serait plutôt une araignée que les programmeurs ont dans le ciboulot,
vu le nombre d'erreurs qu'ils font quand ils écrivent leurs logiciels.
Un
bug, c'est un défaut d'un programme informatique qui
fait qu'il ne fonctionne pas comme il devrait. Ca, c'est la définition
officielle et elle fait marrer tout le monde parce que personne n'a jamais vu
un programme marcher « comme il devrait ». Il a plutôt tendance à
fonctionner comme il l'entend.
Le
bug c'est un peu la « fôte d'ortografe » du programmeur mais la différence
c'est qu'une erreur d'écriture n'a jamais empêcher de continuer à écrire.
Tandis que le bug, lui, il bloque tout. Quand c'est buggé (bogué), çà ne marche
plus où çà donne des résultats hilarants.
Prononcez
: beugue, avec un air dégoûté. En français : bogue, comme
l’enveloppe piquante de la châtaigne. Un bug, çà pique et çà file une
châtaigne. De toutes façons, quelle que soit la langue, quand vous le dites, ça
vous dessine la bouche en cul de poule. Essayez devant la glace, vous verrez,
vous ressemblerez à un poisson qui fait des bulles. Alors, évitez.
Par
extension
: s'applique aussi à une panne de tout type de matériel.
Commentaire
:
L'informatique, c'est comme le gruyère : plus il y a de programmes, plus il y a
d'erreurs et plus il y a d'erreurs, moins il y a de programmes (sous-entendu :
qui marchent). Il semble qu'il soit scientifiquement impossible de fabriquer le
moindre bidule informatique sans qu'il soit automatiquement bourré
d’imperfections en tout genre.
En
fait, c’est plus simple : le bug est le fondement de l'industrie
informatique. Celle-ci se donne comme objectif de créer à bas prix des
logiciels et des matériels pleins d'erreurs qu'il faut ensuite réparer en
appelant le service après-vente qui, lui, est une activité extrêmement
rentable. C’est exactement le même principe que dans la machine à laver :
le seul qui gagne de l’argent, c’est le plombier. C’est pourquoi vous devez
conseiller à vos enfants de faire, au choix, dépanneur de machines à laver ou
de machines informatiques. Voir SSII.
Attention :
« T’es buggé ou quoi ? » est une expression extrêmement
péjorative si elle vise à qualifier les performances amoureuses de quelqu'un.
Plus
grand succès médiatique du 20e siècle (celui du 21e étant
Loft Story). L'industrie informatique a réussi à
faire croire à des millions de gens que tous les ordinateurs allaient se
planter à la fin de 1999 parce qu'elle pensait qu’on changeait de siècle. En
fait, elle s'était gourée d'un an. Finalement, on a quand même changé de
siècle, il ne s'est rien passé et Bill Gates (le patron de Microsoft)
est toujours très riche. Car pendant ce temps, les entreprises et les
particuliers ont dépensé beaucoup d’argent pour éviter le fameux bug, qui a
refusé de se produire, tellement il avait peur de toutes les parades qu’on lui
avait préparées.
Ange du business. Ainsi nomme-t-on les entrepreneurs qui, ayant réussi à gagner un peu d’argent dans leurs affaires d’origine, se disent qu’ils peuvent en gagner beaucoup plus en investissant dans les affaires des autres et se mettent des ailes dans le dos pour inspirer confiance. En fait, à partir du moment où ils se transforment en banquiers, ils deviennent aussi insupportables qu’eux. Rien à voir avec les Hell’s Angels qui ne sont pas des anges non plus mais eux au moins, ils ont de belles motos.
S’il
est jeune, il est ingérable à cause des 35 heures. S’il est quadra-quinqua, il
est en crise depuis 30 ans : il ne s’est jamais vraiment remis des années
1968 and co, où il a pris en pleine poire le « peace, love and
flowers » des baba-cools quand lui
vivait au rythme « métro-boulot-dodo ». Depuis, il se traîne. Le
cadre masculin est plus frappé que le cadre féminin par cette sorte de
dépression parce qu’elle s’inscrit dans une vaste remise en cause. Il ne se
sent plus vraiment jeune, pas tout à fait vieux, il a des enfants qui ont
grandi et qui le secouent comme un Orangina, des parents qui ont vieilli et qui
le harcèlent. Il jette un regard nostalgique sur les jeunes femmes de 20 à 30
ans qui passent autour de lui, hiératiques dans leur incroyable féminité. Il tourne
en rond avec ses amis parce qu’ils se sont tout dit. Au boulot, il se fait
talonner par les cyber-jeunes dont les dents de loup sont des clics de souris.
Son âme a perdu la naïveté de l’enfance, ses muscles se sont amolli. Son sexe
ne demanderait qu’à lui prouver le contraire mais les occasions manquent et il
n’a pas le courage de les provoquer. Que lui reste-t-il ? Une espèce
d’intuition qu’il comprend un peu mieux les choses qu’avant, une certaine
prétention à pouvoir agir un peu plus sur son environnement. Ce monde, il le
regarde pourtant avec étonnement et se demande : « C’est çà, vraiment, que j’ai
bâti pour mes enfants ? Ce désordre insensé, cette confusion des idées, ce
royaume de l’amalgame, cet oubli du passé… ? » Alors, peu à peu, il tente un rétablissement:
celui de la sérénité molle, seule philosophie capable de le faire vivre à peu
près sain d’esprit dans le troisième millénaire. Bref, les vieux cadres sont
mous et les jeunes sont imprévisibles.
Plante dicotylédone apétale cousine du houblon, dont le
principe psychoactif bien connu s’appelle le delta-9-tétrahydrocannabinol
(delta-9-THC), découvert en 1964 par l'israélien Raphaël Méchoulam.
Tous les jeunes fument du cannabis. Mais personne n’en
parle, parce que c’est une substance illicite. On peut donc s’en procurer très
facilement à la sortie des collèges et de lycées, rendez-vous préférés des
dealers. Si votre enfant vous paraît pâle et mou et qu’il se traîne comme çà
depuis plusieurs jours, c’est qu’il en fume trop ou de mauvaise qualité.
Conseillez-lui alors de changer de fournisseur.
Les moins jeunes en fument aussi, surtout quand ils
travaillent dans la pub ou dans le développement de jeu vidéo. Pour faire branché,
quelques politiques laissent entendre que, ma foi, un petit joint de temps en
temps… C’est dans ces moments-là qu’ils font dans les médias des déclarations
bizarres que leur état-major a ensuite bien du mal à expliquer au public. C’est
notamment le problème des Verts, chez qui on fume beaucoup du cannabis
écologique.
La substance psychotropique a été largement utilisée aux
belles heures de la Silicon Valley par les informaticiens en mal d’inspiration.
On prétend que c’est ainsi que naquit le Macintosh. En tout cas, le programmeur
qui, a l’époque, a inventé un des plus fameux économiseur d’écran (l’image qui
s’affiche à l’écran quand votre ordinateur se repose) devait bien en avoir
consommé un peu : il dessina des « Flying Toasters ». Oui, vous
avez bien lu, des grille-pains de toutes
les couleurs qui traversaient l’écran… en volant !
Littéralement
« cramer le pognon ».
Attitude
incompréhensible pratiquée pendant quelques mois par des créateurs de start
up et les financiers qui les soutenaient, visant à dépenser un
maximum d'argent en un minimum de temps pour promouvoir des activités qui
n'existaient pas et dont personne n'avait besoin. C’est cet appétit de monnaie
qui a permis des envolées en bourse : tout le monde a cru que plus on
avait besoin d’argent, plus on allait en gagner.
Le
cash burning aurait en fait résulté d'une consommation abusive de
produits stupéfiants, comme le B2C, importé des Etats-Unis.
L’expression étant strictement anglaise, elle
ne peut donc pas en français désigner une prostituée.
Financier
qui, depuis le krach boursier des valeurs internet, prend le
minimum de risques avec un maximum d'argent qui n'est pas à lui.
Commentaire
:
Finies les montagnes russes, le capital-risqueur a mal au cœur (à l'endroit du
portefeuille) et préfère un circuit pépère. C'est Schumacher qui se mettrait au
vélo. Hier excité comme un pou, aujourd'hui peureux comme un mouton, ce petit
bras de la finance veut continuer à rafler la mise, mais seulement à coup sûr.
Le capital-risqueur moderne joue toujours à la roulette, mais uniquement sur le
bon numéro et si possible une fois qu'il est sorti. Ils ont oublié la pub du
Loto, ces consternants comptables : « 100% des gagnants ont tenté leur
chance ». Du coup, ils ont asséché le marché des start up. Ca devient dur pour ceux qui ont encore
des idées, ces naïfs qui croient que le rôle d'un entrepreneur est d'inventer :
ils n'ont rien compris, les pauvres (sic)!
Le
business plan qui plaît aux capital-risqueurs de l'après-krach, c'est celui qui
s'appuie sur une technologie éprouvée (sous-entendu aux Etats-Unis), sur un
modèle expérimenté (idem), sur une clientèle professionnelle captive (pas de
frais de promotion), sur un compte d'exploitation en béton (bénéfices la
première année, sinon rien), et qui est dirigé par des manageurs seniors
sous-payés, ayant fait carrière exclusivement dans des grands groupes, vous
savez, ceux qui privilégient l'autonomie et l'initiative. Fin de l'aventure,
fin du jeunisme, c'est comme pour
les raves parties ! On danse, mais en mesure s'il vous plaît et uniquement là
où c'est permis !
Certes,
les créateurs de dotcoms ont exagéré dans le cash-burning
et le virtuel. Mais, comme à
l'époque ils ont su convaincre pas mal de financiers, de deux choses l'une («
l'autre c'est le soleil » disait Prévert): où ils étaient spécialement
malins où les autres étaient particulièrement idiots.
En
anglais :
L'abréviation anglaise, V.C (pour venture capitalist), vient contredire le
dicton populaire selon lequel l'argent n'a pas d'odeur.
Cette
unité de mesure monétaire, tombée en désuétude, n'était plus utilisée que par
les personnes âgées et les ringards, c'est-à-dire les pubards
du loto et les politiques (à propos des voyages privés de Chirac), quand elle a
été brutalement remise à la mode par l'euro ; ainsi, une baguette vaut 64
centimes d'euro, sauf dans les pays où il n'y a pas de baguette.
Rassemblement
politique de ceux qui n'ont pas beaucoup d'idées. Ca fait de plus en plus de
monde. Comme en marketing.
Sexuellement
parlant : quelque chose comme le point G, ce truc qui existe quelque part.
Paraît-il. Il y en a qui le cherchent encore.
Mot
d'origine anglaise et on comprend pourquoi : le challenge, en amour
comme en économie, est présenté comme un objectif alors que c’est une
difficulté insurmontable pour des raisons incompréhensibles.
Voir
Défi.
Prononcez
tchatte. De l'anglais to chat, causer. Rien à voir avec le sexe
féminin ni avec l'animal de même nom, si ce n'est que, dans ces forums de
bavardage sur internet, on sort parfois ses griffes et on parle souvent sexe.
Car le niveau des discussions, alimentées par de jeunes internautes boutonneux
pré-pubères et analphabètes, est largement en dessous de la ceinture. Le chat
a son propre jargon ; par exemple si on vous écrit CUL, répondez OK sans
rougir, car ce sont les initiales en phonétique anglaise de « See-You-Later »
(à plus tard).
Citons
également en français les inénarrables: mdr pour « mort de rire » ou oqp
pour « occupé ».
Mais,
le plus drôle, ce sont les smileys ou binettes en québécois, une
suite de petits signes tapés au clavier pour exprimer un sentiment ou une
opinion. En fait, pour les comprendre, il faut tourner la tête de 90° sur la
gauche, ce qui est le moyen le plus commode pour lire un écran, et là,
effectivement, on voit apparaître une sorte de petit dessin naïf.
Faisons
un exercice : voici quatre smileys avec, en dessous, leurs définitions
dans le désordre, à vous de les rapprocher (la solution sera dans un prochain
livre).
c=:-) [:-) 8-) <|:-)
«
c'est un Chinois » ; « je mets des lunettes »; « il porte un walkman » ; «
c'est un chef cuisinier ».
Autant
d'expressions indispensables pour chatter correctement.
Alibi. Quand on ne sait pas quoi dire, on se cache
derrière une citation, voire une allusion, ce qui est nettement plus perfide.
Il est de bon ton dans les discours stratégiques du monde high
tech ou politique de citer l'apophtegme de tel ou tel auteur
classique, qu'on n'a évidemment jamais lu mais qu'on a trouvé en deux clics de
mots-clés sur citationsdumonde.com. La référence culturelle légitime
l'imperméabilité du discours. Léon-Paul Fargue disait un truc du genre : «
Utiliser une citation classique, c'est comme exhumer sa grand-mère devant sa
maîtresse »…Que le lecteur me pardonne mes travers obituaires et que toutes les
maîtresses du monde sachent qu'il y a toujours quelque chose à apprendre de
l'aïeule de leur amant.
* dans l'excellent ouvrage : « Les allusions
littéraires » de Jean-Claude Bologne, chez Larousse.
Littéralement
« du clic et du mortier » : désigne une entreprise traditionnelle du BTP
(celle qui fait du « brick and mortar ») qui tient absolument à aller
sur internet pour vendre son
béton. Et par extension tout type d'entreprise qui se met au e-business
en faisant des contorsions invraisemblables (par exemple en
modifiant toute son organisation).
En
fait, pour le client, comme il faut bien se faire livrer ce béton, c'est
souvent plus rapide de passer un coup de fil au commerçant de matériaux du coin.
Mauvaise
traduction : « au claque et mourir ».
Anciennement
: abréviation populaire de « communistes ». Aujourd'hui : raccourci pour
« consommateurs connectés » . Une expression qui aurait du théoriquement
s'abréger « concons » mais cela frisait le politiquement
incorrect, si ce n'est le kakemphaton (rencontre de deux sons qui
produit un effet désagréable ; exemple : « Je suis Romaine hélas puisque mon
époux l'est » , Corneille, Horace, première version, nous explique Claude
Gagnière*.)
Le
coco moderne dépense beaucoup plus que l’ancien et surfe sur internet,
en général sur des sites de cul où il cherche fiévreusement comment aller plus
loin sans donner son numéro de carte bleue, ce qui est extrèmement difficile
mais il paraît qu’on peut y arriver. Le coco est suréquipé (téléphone portable,
PC de poche, DVD, etc.)
et passe son temps à régler les problèmes de connexion entre ses différents
appareils.
* « Pour
tout l’or des mots », Editions Robert Laffont
Politique
:
Mutation génétique incontrôlée par laquelle deux hommes politiques opposés
tentent de parler d'une même voix, dite gauche-droite ou droite-gauche, ce qui
produit évidemment des couacs. En fait, il y en a toujours un des deux qui est
vizir et l'autre qui veut être vizir à la place du vizir. Ca vous rappelle une
bande dessinée, n'est-ce-pas ?
Les
problèmes de cohabitation occupent 100% du temps des politiques, ce qui leur
évite de se pencher sur les vrais problèmes, ceux qui intéressent les citoyens.
Technique
: En
informatique, la cohabitation ne marche soi-disant pas : on est Mac ou PC,
Windows ou Unix, miniteliste
ou internaute…On est exclusif par principe, parce qu'on ne fonctionne qu'avec
des 0 et des 1. Dans la réalité, tout ça peut très bien marcher ensemble mais
personne ne vous dit comment.
Voir
01.
Société : prélude
au PACS
Pas
d'urgence à le devenir. Mais c'est dur. Surtout quand on voit les pubs des
fabricants high tech.
Rarement
favorable depuis le début du 21e siècle. On ne fait plus de conjecture
sur l'évolution de la conjoncture à cause de la conjonctivite dont sont
affublés les analystes.
Ne
fait que se retourner, ce qui donne des torticolis à tout le monde et tout ce qui était vrai hier devient faux et
inversement.
Voir
Visibilité.
Contre-sens : réunion de cons.
Quoique…quand les gens se réunissent pour parler de l’économie…
Antonyme : croissance.
Jeune
diplômé que vous payez très cher pour qu'il vous délivre au bout de six mois
des informations que vous connaissez déjà et qui ne vous servent à rien. Cette
espèce a envahi la high tech comme des lapins
la garenne et ils y font autant de dégâts.
Plus
le problème à résoudre est lourd, plus les consultant sont jeunes et nombreux.
A partir de là, on a du mal à les distinguer les uns des autres. Y compris au
niveau du sexe car rien ne ressemble plus à un consultant homme qu’un
consultant femme : lunettes, cheveux court, costume gris. C’est une espèce
hermaphrodite, voire asexuée. La preuve, un consultant ne rougit pas (il a
toujours raison) et ne fait pas de blagues (il est interdit d’avoir le sens de
l’humour quand on se prend si au sérieux).
Quand
on les croise dans les couloirs (ce qui est rare car, la plupart du temps, ils
sont enfermés dans vos bureaux où ils consultent internet à vos frais), ils ne
disent jamais bonjour, ils sont déjà à l’autre bout du couloir (en fait, ils
allaient aux toilettes) que vous vous demandez encore comment les aborder.
Le
consultant a des yeux bleu acier insolents qui vous transpercent comme si vous
n’existiez pas. La seule fois où il vous dit au revoir, c’est pour présenter
une note salée, que vous préférez finalement lui régler pour éviter qu’il
revienne.
Il
parle un langage codé, rempli d’acronymes anglo-saxons : « Et votre R.O.I. ?
et votre Ebitda ?... »
Surtout, faites semblant de comprendre dès le départ, sinon il vous en sort
plein d’autres.
Il
ne travaille qu’avec le top management (en général, celui qui est au-dessus de
vous) et ne rencontre jamais les salariés de base. Il aurait trop peur qu’ils
lui disent la vérité, celle qu’il est censé découvrir après de longs mois
d’études.
Les
fournisseurs informatiques ont compris que ce métier était beaucoup plus
rentable que de fabriquer des matériels ou des logiciels et ils cherchent tous
à devenir des sociétés uniquement de consultants, le reste de l’activité étant
sous-traitée en Inde.
Commentaire
: En
vacances à bord de son 4x4, un jeune homme s'arrête près d'un berger et
l'interpelle : « Si je vous dis exactement combien vous avez de moutons, vous
m'en donnez un ? - D'accord, dit le
berger. ». Le jeune homme déploie son antenne parabolique, branche son GPS,
pianote sur son PC portable, calcule sur son
tableur électronique pendant une heure puis annonce triomphalement : « 547
bêtes ! - Exact, dit le berger. » Le
jeune homme choisit donc un bel animal dans le troupeau et le fait monter dans
son 4x4. Au moment où il s'apprête à partir, le berger lui dit : « Et si je
devine votre métier, vous me rendez ma bête ? - D'accord ! dit le jeune homme,
sûr de lui. - Vous êtes consultant ! dit le berger. - Ça alors, demande le
jeune homme interloqué, comment l'avez-vous deviné ? - C'est simple, dit le
berger. Vous êtes venus me voir sans que je ne vous aie rien demandé. Vous avez
mis des heures à trouver quelque chose que je savais déjà. Et, en plus, vous ne
connaissez rien à mon métier : la bête que vous avez prise, c'est mon chien ! »
Le
mot anglais est beaucoup plus direct : taxpayer, payeur d'impôts. On
France, on ne paie pas d'impôts, on contribue au bien-être général. Ce qui
explique sans doute le manque de réaction des Français sur ce sujet : s'ils
savaient qu'ils paient beaucoup d'impôts, en gros plus que partout dans le
monde, peut-être se laisseraient-ils un peu moins faire. C'est la même chose
avec les technologies de l’information : si l'utilisateur savait…
Littéraire,
c'est une mode ; exemple : le phantasme converge avec le minimalisme pour
donner des romans extraordinairement vides. Sexuelle, elle promet bien du
plaisir. En économie, elle annonce plutôt des soupirs. La convergence de deux
activités, c'est paraît-il une bonne affaire. Exemple : on va marier les
télécoms et le multimédia. Résultat : les tuyaux saturent et le contenu se
vautre. Certains grands patrons (voir J2M) se sont faits les apôtres de
la convergence, ce qui leur permet de justifier les coupes claires ou les
virages à 180° : tout ce qui n'est pas convergent est sacrifié. Gros avantage,
ils sont les seuls à pouvoir décréter ce qui est convergent ou pas et çà peut
changer d'un jour à l'autre, suivant leur humeur ou les cours de bourse, les
opinions d'un consultant ou les prévisions d'un analyste. C'est dire si les
objets de la convergence bougent souvent. De quoi en avoir mal aux yeux ! Pour
le salarié, c'est simple : quand il converge, il a des stock-options, quand il
diverge, il est vendu.
Anciennement
: petit
gâteau sucré, qu'on acceptait avec plaisir. Aujourd'hui : petit fichier
informatique drôlement salé, qu'il faut refuser avec véhémence.
Ces
fichiers espions sont placés en douce sur votre disque dur par les éditeurs des
sites internet que vous consultez. C'est ainsi que votre femme a pu vérifier
que vous surfiez sur des sites porno quand vous lui disiez que vous étiez sur
louvre.fr (Ceci dit… en cherchant bien…le côté déhanché de la Vénus de Milo…)
Néologisme
particulièrement tordu, donc d’origine anglo-saxonne. Désigne un business
complexe qui pourrait se définir comme la coopération entre compétiteurs, ce
qui est un comble. Définit en fait toute forme d'entente entre concurrents qui
se fait sur le dos d'autres concurrents, exclus du marché. Ces derniers sont
appelés les cocus-du-deal.
Exemples
:
traité de Yalta, pot belge, marchés publics, etc ; ou bien, en
informatique : Compaq travaille avec Digital puis le rachète pour concurrencer
Hewlett-Packard ; puis Hewlett-Packard travaille avec Compaq et le rachète,
etc.
Commentaire
: en art
de la guerre comme dans celui de l'économie, la coopétition précède souvent
l'intégration. Si je ne peux pas tuer tout de suite mon ennemi (concurrent),
alors je vais d'abord m'entendre avec lui et, ensuite, à la première occasion,
je l’étoufferai (rachèterai). Si Intel ou Microsoft veulent faire
de la coopétition avec vous, c'est pour mieux vous manger mon enfant !
Quand
une start up , surtout dans les
nouvelles technologies, accumule les pertes par des investissements somptuaires
et un chiffre d'affaires inexistant, quand elle attire plein d’internautes sur
son site web parce qu’il flashe dans tous
les sens, quand elle fait beaucoup parler d'elle et de son nouveau marché (par
exemple : le conseil boursier fondé sur l'astrologie), alors elle crée de la
valeur. Quel est le contenu exact de cette valeur? On ne sait pas mais c'est
pas grave. La création de valeur fut sans doute l'expression la plus
usitée pendant toute la période du mirage de l'économie internet et son symbole
le plus représentatif : elle ne voulait rien dire mais tout le monde en
parlait. Aujourd'hui, n'employez pas ce mot à tort et à travers car il vous
fera du tort et on vous regardera de travers.
L'économie
moderne est binaire. En-dehors des périodes de grandes catastrophes (guerre du
Golfe, MonicaGate, 11 septembre, etc.), elle ne connaît que deux états : la
croissance ou la crise. On lui prédit le boom ou la catastrophe. Dès que ça va
moins bien, çà va forcément mal. Résultat : elle passe sans transition du
miracle à la panique, alimentée par tous ceux qui ont tellement peur que la crise
arrive qu'elle finit par exister, par anticipation.
Commentaire
: Mais
qu'ils sont frileux, ces cassandres* ! Un petit nuage à l'horizon et hop, les
voilà qui rangent leurs billes, comme des gamins sur la plage qui, à la
première goutte, partiraient s'abriter en courant. Résultat : no logo, no pub,
no fric nulle part ! On n'a plus le droit d'avoir envie de quoi que ce soit.
Circulez ! Fini de rêver, interdit de créer, plus rien à acheter. Ce qu'ils
nous suggèrent, ces pauvres hères, c'est qu'on reste chez soi, terré sur son
bas de laine, en évitant de respirer trop fort, des fois que çà se remarque.
Pourtant, je ne sais pas si vous vous balladez, moi si, et partout où je vais,
c'est bizarre, je ne suis jamais seul : il y a plein de marchands qui marchandent
et de touristes qui touristent. Crise ou pas, çà troque à tout va, les gens se
ruent sur les soldes, préparent les vacances ou la rentrée, bichonnent leur
voiture. Alors, c'est quoi ce malaise vagal, ce catastrophisme viral qui veut
nous faire croire que tout va mal parce que la bourse est fada, les analystes
clonés et AOM en mal de liberté ? Il faudrait leur dire, aux pythies
grelottantes, que l'économie n'est pas le TGV Méditerranée : s'il y a des
hoquets ici et là, tout le monde n'est pas malade pour autant! Hélas, plus le
business est high tech, plus les
cassandres font « aie ma tête ! » Pourtant, internet ne vas pas fermer et les
gens, les entreprises vont encore avoir besoin d'ordinateurs et de réseaux, de
logiciels et de services. J'ai une idée : les entrepreneurs qui bougent
devraient faire de la pub pour dire aux couards de croire davantage en eux ! Je
verrai bien une affiche du genre : « Pendant que vous pleurez, nous on crée ! »
Ou encore : « Les fripons frissonnent, les marchands marchent »… Bon,
rassures-toi, maman, je crois que je ne ferai pas carrière dans la pub, je
reste pianiste dans un bordel.
*
catégorie regroupant en période de crise certains industriels, investisseurs,
analystes, pubeux et communicateurs peureux, que je ne nommerai pas, pour
éviter les procès.
Préfixe
désuet de tout ce qui, lié à internet, en fut comme doté d'une existence propre
: cyberculture, cybercafé, cybersexe… Si on s'était rappelé que cyber vient de cybernétique,
un mot d'origine grecque qui renvoie à la science du gouvernement des hommes,
peut-être se serait-on gardé de toutes ces fausses nouveautés. Le cyber ayant
beaucoup berné, devenons circonspect.
Dans
le business : méfiez-vous
de ce mot! Si un patron vous dit «
Nous continuons à faire face à de nombreux défis», traduisez « On perd des ventes et on ne sait pas
pourquoi ». Le défi précède de peu la réorganisation.
Analogie
militaire
: Aux défis d'avant-garde, succèdent les bataillons de synergies.
Sous-entendu, quand on s'est planté devant, faut envoyer la troupe se faire
massacrer.
Nom
à hurler de rire du fameux bouton de Windows sur lequel il faut cliquer pour éteindre son
ordinateur. Un truc pareil, fallait l'inventer ! Rappelons le mode
d’emploi : la succession des propositions qui s'affichent à l'écran est la
suivante : Démarrer-Arrêter-Redémarrer ou Arrêter-OK
Plus généralement, symbole de l'ambiguïté du monde digital, ou tout est à refaire continuellement. Bill Gates adolescent aurait été très marqué par Picasso qui disait: